Cet été, nous avons pris la route d’Ubarak, à la rencontre de la famille de Stanzin Chotsok, notre élève de classe VII. Thinley, notre traducteur et complice de toujours, nous accompagne. On nous attend, et quelle plaisir d’arriver : la maison surplombe la plaine de Padum, là où se dresse l’Ubarak Kangri, ses 6 150 mètres veillant sur la vallée.

Comme dans tant de maisons zanskarpas, on vit simplement ici. Dans la pièce principale, des matelas posés à même le sol, un tapis par-dessus — et voilà notre « salon ». Franchement, il ne nous en fallait pas davantage pour nous sentir bien.

On nous sert le djo traditionnel (le fromage blanc local, au lait de dri ou de dzo*) et la tsampa, cette farine d’orge grillée qui accompagne souvent les repas. Et quelle ne fut pas notre surprise : la maman a même préparé des biscuits maison, cuits dans un appareil qui ressemble furieusement à nos gaufriers ! Elle et Chotsok sont rayonnantes de nous recevoir, et nous le sommes tout autant. Pas de protocole, pas de cérémonie — juste la simplicité du cœur. Ces moments-là, on ne les oublie pas.

Puis Chotsok, décidément une hôte en or, a une idée : « Venez, je vous emmène voir ma copine ! » Nous voilà partis vers Rangzam, le hameau voisin. On traverse la rivière, et d’un coup, le temps semble s’être arrêté : pas de route jusqu’ici, et à l’entrée du village, un mur de manis** extraordinaire nous souhaite la bienvenue.

La maison de Stanzin Putith, élève de classe VIII, paraît plus modeste. Milieu d’après-midi pour nous, mais pour ces femmes qui s’affairent aux champs en cette saison, c’est l’heure du déjeuner. Au menu, du riz et des épinards tout droits venus du jardin. Ce jardin, quel trésor ! Il recèle tout ce que la haute altitude autorise : feuilles en tout genre, pommes de terre, carottes, oignons, navets blancs, coriandre…

Pas un mot de langue commune entre nous, mais qu’importe, les sourires disent tout. Et Dieu sait si, ici, ils sont éclatants.

En repartant, nous tombons sur un curieux assemblage au bord de la rivière : un moulin à eau coiffé d’une étrange installation. Il s’agit d’une protection anti-ours, qui permet aux villageois de moudre leur grain sans crainte. Voilà qui nous rappelle, avec le sourire, que dans ces villages isolés, la vie sauvage n’est jamais bien loin.

* La dri est la femelle du yak. Elle est parfois croisée avec un taureau pour donner davantage de lait ; on parle alors de dzo.

** Les manis sont des pierres gravées de mantras ou de représentations de Bouddha et d’autres divinités